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Créer un jeu en tant qu'outil ludopédagogique : oui, mais comment l'éditer ?

Si vous avez pour projet la création d'un outil ludopédagogique, vous êtes au bon endroit.

Créer un jeu de société est une aventure incroyable. Mais entre l'idée initiale et la mise entre les mains des professionnel·les sur le terrain, le projet traverse des étapes stratégiques, juridiques et financières souvent sous-estimées.

Bienvenue dans le monde - pas toujours facile à comprendre - de la création de jeux de société 🥁.


Alixe Moujeard

Autrice : Alixe Moujeard, fondatrice de Désclic

Je suis éducatrice spécialisée de métier, et il y a quelque années j'ai créé mon premier outil ludopédagogique : SéduQ. D'une idée nébuleuse et sans grande compétence dans le domaine, j'ai fondé Désclic. Aujourd'hui nous nous avons un catalogue de près de 200 outils ludopédagogiques, en édition ou en distribution. Nos jeux permettent aux professionnel·les de l'accompagnement d'agir et de sensibiliser sur les enjeux de société.


Cet article ne traite pas de la création d'une mécanique de jeu ou d'un outil ludopédagogique de qualité. Vous trouverez déjà de nombreuses ressources sur ce qu'est la ludopédagogie (y compris notre formation en ligne gratuite juste ici). Mon objectif ici est de vous ouvrir les coulisses du monde de l'édition de jeu : comprendre les rôles, sécuriser vos droits, anticiper les budgets et aborder votre projet avec une vraie vision entrepreneuriale. Oui, si vous souhaitez créer, voire auto-éditer un jeu : c'est un projet entrepreneurial !



Auteur·ice, éditeur·ice, distributeur·ice, imprimeur·se : qui fait quoi ?


Dans la chaîne du livre comme du jeu, chaque acteur occupe une place précise, assortie de responsabilités financières et juridiques distinctes.


Rôle



Mission principale



Droits & Propriété



Investissement financier



Auteur·ice, Illustrateur·ice



Imagine le concept, rédige ou illustre les contenus et conçoit la mécanique pédagogique.



Détient les droits d'auteur (propriété intellectuelle).



Investit son temps de recherche et création.



Éditeur·ice



Pilote le projet, coordonne la chaîne graphique, prend le risque financier de fabrication.



Exploite le jeu via un contrat de cession de droits d'exploitation ou un contrat d'édition.



Finance la création graphique, l'impression et la communication.



Imprimeur·se



Fabrique physiquement l'outil selon des spécifications techniques.



N'a aucun droit sur l'œuvre (simple prestataire technique).



Reçoit une prestation de service financée par l'éditeur·ice.



Distributeur·ice, Diffuseur·se



Stocke, promeut et achemine l'outil vers les acheteur·ices ou structures destinataires.



N'a aucun droit sur l'œuvre (prestataire logistique/commercial).



Se rémunère via une commission sur le prix de vente.


Lorsque vous choisissez d'auto-éditer votre outil, vous cumulez les casquettes d'auteur·ice, d'éditeur·ice et parfois de distributeur·ice. Vous portez alors l'ensemble du risque financier et juridique.



Propriété intellectuelle et cadre juridique : sécuriser la création de votre jeu


Dans le monde du jeu et de la ludopédagogie, la protection juridique est souvent mal comprise. On entend qu'il faut « breveter » son jeu, « protéger son concept ». En réalité, le droit distingue très nettement ce qui relève de l'idée, de la création artistique et de la marque commerciale. Les droit d'auteur protège les œuvres de l'esprit dès leur création, à condition qu'elles soient originales et matérialisées.



Ce qui N'EST PAS protégé par le droit d'auteur : les mécaniques de jeu


En droit français, les idées et les concepts sont de libre parcours. Une mécanique de jeu abstraite (lancer un dé, répondre à une question pour avancer, attribuer un rôle secret, associer des cartes) n'appartient à personne. Dans le monde de la ludopédagogie il est parfaitement légal et très courant de réutiliser une mécanique connue (un jeu de cartes ou un parcours de questions-réponses) pour l'adapter à un enjeu de prévention ou d'éducation.



Ce qui EST protégé par le droit d'auteur : la matérialisation


Ce que le droit d'auteur protège, c'est la forme originale donnée à votre jeu (articles L. 111-1 et L. 112-2 du Code de la Propriété Intellectuelle - CPI) :

  • La rédaction littéraire précise de votre livret de règles.

  • Le contenu textuel rédigé sur vos cartes (les questions, les mises en situation, les récits).

  • La direction artistique (illustrations, graphisme, charte visuelle, maquette du plateau).


Si plusieurs personnes rédigent ensemble sans que l'on puisse isoler la contribution de chacun·e, il s'agit d'une œuvre de collaboration (art. L. 113-2 du CPI). Les droits appartiennent à l'ensemble des co-auteur·ices, dont l'accord écrit est nécessaire pour exploiter le jeu. Si vous pilotez le projet et compilez ces participations sous le nom de votre structure, il peut s'agir d'une œuvre collective : sous réserve que vous exerciez une réelle direction éditoriale, la propriété des droits d'exploitation est investie directement à la personne physique ou morale sous le nom de laquelle elle est divulguée (article L. 113-5 du CPI).


Une séance collective de travail pour la création d'un nouveau jeu


Copier-coller les jeux des autres : le risque de parasitisme économique


Si les mécaniques sont libres, il est en revanche interdit de copier l'architecture globale d'un jeu existant. Si un·e auteur·ice se contente de réutiliser la structure exacte, le rythme et le matériel d'un jeu concurrent en modifiant seulement les cartes, l'auteur·ice d'origine peut attaquer en justice sur la base de l'article 1240 du Code Civil. Les tribunaux sanctionnent alors le parasitisme économique ou la concurrence déloyale : le fait de se glisser dans le sillage d'un acteur du marché pour tirer profit de ses investissements de recherche et de conception sans produire d'effort créatif réel.


Sans parler du point de vue éthique... si vous tenez à ce que votre travail soit respecté, soyez d'abord attentif à celui des autres créateurs et créatrices.



Dater et prouver sa création : démystifier les démarches


Pour sécuriser vos droits, on conseillera surtout d'utiliser une enveloppe Soleau (ou la version dématérialisée e-Soleau sur le site de l'INPI) pour « protéger » un jeu. C'est une démarche rapide et simple, à réaliser ici.


Il convient de nuancer cet outil : l'enveloppe Soleau ne crée aucun titre de propriété. Elle sert uniquement à dater de manière irréfutable l'état de votre projet à un instant précis (preuve d'antériorité). Devant un tribunal, n'importe quel élément apportant une preuve de date certaine et infalsifiable aura la même valeur juridique qu'une enveloppe Soleau.



Le droit des marques protège le nom et l'identité de votre jeu


Le droit d'auteur protège la création, mais c'est le droit des marques (Livre VII du Code de la Propriété Intellectuelle, art. L. 711-1 et suivants) qui protège son nom commercial et son logo.

  1. Recherche d'antériorité : Avant de fixer le nom de votre jeu, vérifiez sur la base de données en ligne de l'INPI - Institut National de la Propriété Industrielle - qu'aucun nom identique ou similaire n'est déjà déposé.

  2. Classes de dépôt : Veillez à vérifier la disponibilité dans les classes de produits concernées (notamment la classe 28 pour les jeux, la classe 16 pour le matériel imprimé et la classe 41 pour les activités d'éducation et de formation).

  3. Monopole d'exploitation : Le dépôt de marque auprès de l'INPI vous confère un monopole d'usage sur le territoire français pour une durée de 10 ans renouvelable. C'est ce dépôt qui empêche un tiers d'utiliser le nom de votre outil.

Le formulaire de recherche de la base des Marques de l'INPI


Que peuvent faire les utilisateur·ices avec votre jeu une fois édité ?


Lorsqu'un·e professionnel·le (formateur·ice, soignant·e, travailleur·se social·e...) achète votre outil, l'achat inclut le droit d'usage implicite, le droit d'utiliser le jeu comme support d'animation auprès de son public cible (bénéficiaires, élèves, patient·es). C'est la fonction même de votre outil ludopédagogique.


En revanche, un tiers ne peut pas créer un programme de formation sur votre jeu sans votre autorisation. Cela porterait atteinte à votre droit des marques et constituerait un risque d'exploitation commerciale non autorisée.


Pour éviter toute ambiguïté, intégrez dans votre boîte de jeu, votre livret pédagogique ou vos Conditions Générales de Vente (CGV) une mention claire sur les droits accordés :

  • Usage autorisé : Animation d'ateliers pédagogiques et de prévention auprès du public final.

  • Usage soumis à autorisation préalable : Reproduction du matériel, numérisation des cartes, revente, création de modules de formation payants dédiés à la prise en main de l'outil, ou transfert de licence.


Si vous souhaitez que des organismes tiers puissent former à votre outil de manière certifiée, mettez en place une convention de partenariat, prévoyant par exemple la livraison d'un kit pédagogique dédié ou une formation préalable dispensée par vos soins (on en parle plus loin dans les différents modèles économiques).



Quelle réglementation devez vous respecter (marquage CE, codes barres...) ?


Certaines informations devront obligatoirement se trouver sur votre boite de jeu physique :

  • Le droit européen impose la traçabilité de la personne physique ou morale qui met le produit sur le marché : nom ou raison sociale de la structure, et adresse postale physique complète (attention : une simple adresse d'un site web, ou un e-mail ne suffit pas).

  • Vous devez permettre l'identification précise du lot ou de la référence du jeu pour la douane, la DGCCRF ou en cas de rappel produit : avec le pays d'origine si le produit vient de l'extérieur de l'UE, et un numéro de référence interne, un code produit ou numéro de lot/d'édition.

  • En France, la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC) impose un marquage sur les emballages : le logo Triman (le petit personnage avec la flèche) et l'encadré Info-Tri.

Exemples de logos à mettre sur les boites de jeux

Le logo CE ne s'appose que si votre produit entre sous le statut de jouet pour enfants de moins de 14 ans (et qu'il a fait l'objet d'un dossier de conformité ou de tests selon la norme EN 71). Si votre outil est clairement destiné aux professionnel·les pour un usage supervisé auprès d'adultes ou d'adolescents, vous ne devez pas y apposer le logo CE de manière abusive. Dans ce cas, affichez la mention claire de l'âge (ex. : "14 ans et +") ou la destination du matériel (ex. : "Outil pédagogique réservé à un usage professionnel").

Si votre jeu contient de petits éléments (dés, jetons..) il est recommandé d'ajouter la mention d'avertissement classique : "Attention ! Ne convient pas aux enfants de moins de 36 mois (3 ans)", accompagnée du texte explicatif obligatoire : "Petits éléments. Danger d'étouffement".


Le code-barres (EAN-13) n'est pas obligatoire. Si vous vendez votre outil uniquement en direct sur votre propre site internet ou à l'issue de vos prestations de formation, le code-barres n'est pas obligatoire, mais il deviendra un prérequis si vous prévoyez de diffuser votre jeu via un gros réseau de distribution, ou en librairies et dans les boutiques de jeux. L'obtention d'un code EAN-13 officiel s'effectue auprès de l'organisme mondial GS1.



Combien coûte vraiment la création d'un outil ludopédagogique ?


Le pôle Graphisme et Illustration : estimé en moyenne entre 4.000 € et 10.000 €


Il s'agit bien de deux métiers bien distincts et complémentaires :

  • L'illustrateur·ice : Crée les dessins, visuels originaux, personnages et univers visuel sur-mesure qui donnent une identité forte et engageante à l'outil. Il ou elle détiendra les droits d'illustration du jeu.

  • Le ou la graphiste : Orchestre l'ergonomie visuelle, la typographie, la hiérarchie des informations, la mise en page des cartes et du plateau, et assure surtout la conformité technique des fichiers pour la fabrication.

Des exemples de cartes avec graphisme et illustration
Outils ludopédagogiques édité par Désclic : Moi comme parent et Piquer n'est pas jouer

Il est très tentant d'utiliser Canva pour maquetter soi-même son jeu à moindre coût. Si Canva est un excellent outil pour créer quelques cartes et les utiliser en interne, vous ne pouvez pas commercialiser un jeu créé sur Canva, pour deux raisons majeures :


  1. Le piège des licences d'exploitation : Les images, illustrations et icônes proposées dans la bibliothèque Canva (même avec un compte Pro) sont sous des licences de diffusion (pour vos réseaux sociaux, affiches, flyers ou présentations). Elles ne vous accordent aucun droit d'exploitation commerciale directe pour la revente d'un produit physique dont ces éléments constituent le cœur (comme les visuels de vos cartes ou de votre plateau). Revendre un jeu intégrant ces visuels vous place en situation d'infraction au droit d'auteur.


  2. Incompatibilité technique avec l'impression industrielle : Canva ne permet pas de générer la qualité de fichier attendue par une imprimerie de jeux (absence de conversion CMJN professionnelle, gestion imprécise des traits de coupe, pixellisation des éléments). Vous risquez de vous retrouver avec des erreurs d'impression coûteuses (textes coupés, couleurs terne ou baveuses).


Un dernier argument fondamental : le graphisme est un métier. L'IA et l'accessibilité des logiciels nous donnent l'illusion qu'il est facile de créer des visuels. Ce n'est pas le cas !


Simple exemple : si vous vous êtes déjà perdu dans des règles de jeu, ou dans une diversité d'éléments de jeu, c'est possiblement que le graphisme n'était pas à la hauteur. Lorsque l'on construit un système d'iconographie, l'enjeu n'est pas de choisir quelques couleurs (pour différentes catégories de cartes, différentes modalités de jeu...), mais de hiérarchiser les informations, de les intégrer à un parcours pédagogique, et de construire un ensemble fluide et adapté à la cible. C'est malheureusement une problématique classique chez les outils ludopédagogiques, et l'enveloppe budgétaire clôt souvent le débat.



Le pôle Impression et Fabrication : estimé en moyenne entre 3000 € à 8000 €


Imprimer un outil ludopédagogique ne ressemble en rien à l'impression d'un livre, d'un dépliant ou d'une affiche. Un jeu est un objet multi composant (boîte, cartes, plateau, livret pédagogique, calage, parfois jetons ou pions) qui demande des techniques industrielles spécifiques de façonnage, de découpe et d'assemblage.


Il existe deux grandes techniques d'impression :

  • L'impression numérique : Idéale pour les petits et moyens tirages (de 100 à 500 exemplaires). Elle ne nécessite pas la création de plaques d'impression coûteuses. Le coût d'entrée est beaucoup plus faible, ce qui permet de se lancer sans immobiliser une trésorerie gigantesque.

  • L'impression Offset : Réservée aux grandes séries (à partir de 1 000 ou 2 000 exemplaires). Les frais fixes de calage et de fabrication des plaques sont très élevés au départ, mais le coût par exemplaire chute drastiquement au-delà d'un certain volume. L'Offset offre également une plus grande qualité d'impression, notamment dans les couleurs.


Contrairement au marché du jeu de société grand public qui raisonne en milliers d'exemplaires (produits à l'autre bout du monde...), le marché de la ludopédagogie est un marché de niche à destination de professionnel·les ciblé·es. En ludopédagogie, je vous conseille de privilégier des tirages initiaux situés entre 100 et 500 exemplaires maximum. Cela limite votre risque financier, évite le surstockage et vous permet de faire évoluer votre contenu après les premiers retours du terrain.


Attention, la majorité des imprimeurs classiques ne savent pas fabriquer de boîtes de jeu. Fabriquer une boîte rigide et durable (appelé boîte "cloche") relève du métier de cartonnier. Il faut contrecoller du papier imprimé sur du carton dense (souvent de 1,5 mm à 2 mm d'épaisseur), procéder au rainurage, à la découpe et à l'assemblage mécanique. Si vous vous adressez à un imprimeur non spécialisé, il devra sous-traiter la partie cartonnage, ce qui fait exploser les coûts et les délais, ou vous proposera un étui en carton fin (de type boîte de médicaments) peu résistant aux manipulations répétées des professionnel·les sur le terrain.


Privilégiez un fabricant spécialisé capable de gérer l'ensemble de la fabrication du matériel jusqu'au cartonnage. Pour des tirages de 100 à 500 exemplaires, préférez l'impression numérique chez des imprimeurs locaux : la proximité vous garantira des conseils de qualité, la durabilité de votre matériel, tout en maîtrisant votre impact environnemental. Ne contactez pas les imprimeurs avant d'être suffisamment avancé dans le prototypage : personne le pourra vous faire un devis correct si vous ne connaissez pas votre nombre de cartes, de pions, la taille de la boite, etc.



Des boites de jeux en cours de fabrication

Chez Désclic nous avons construit notre chaîne de production complète, réunissant des graphistes, des illustrateurs et des imprimeurs de confiance. Tous éco-responsables et éthiques : nous travaillons avec des ESAT et des entreprises d'insertion, nous utilisons des matériaux écologiques et nous veillons à l'inclusivité de nos productions. Nous sommes spécialisé dans la création d'outils ludopédagogiques, et pouvons intervenir comme sous-traitant pour des tirages fait en France, allant de quelques unités jusqu'à 500 boîtes.


Financer son outil ludopédagogique et choisir un modèle économique pour générer des revenus après la sortie


Avant d'en venir à cette question, vous envisagez peut-être de trouver un éditeur qui portera votre outil ludopédagogique. C'est le scénario idéal pour beaucoup de créateur·ices, mais je vous mentirais si je vous disais que c'est une option réellement envisageable. Trouver un éditeur pour un outil ludopédagogique est une mission presque impossible, qui repose le plus souvent sur des opportunités de réseau.


Les éditeurs de jeux de société classiques ne recherchent pas d'outils professionnels : vos cibles et vos réseaux de distribution n'ont rien à voir avec le grand public. Quant aux rares éditeurs spécialisés en ludopédagogie, ils écrivent majoritairement leurs propres jeux, travaillent en partenariat direct avec des institutions et ne sortent que très peu de titres par an. Chez Désclic, nous recevons de nombreuses propositions chaque année, mais pour des raisons de temps et de risques financiers, nous n'éditons que quelques projets par an.



Où trouver des fonds pour financer la production de votre jeu de société ?


Pour auto-éditer votre outil ludopédagogique, il vous faut des sous. Et les possibilités de financement dépendent fortement de la structure juridique que vous portez (micro-entreprise, association, SAS, entreprise sociale, etc.).


  • Fonds propres : Si vous avez 10 000€ qui trainent sur vos comptes personnels ou professionnels - ou si vous connaissez quelqu'un - c'est le moyen le plus rapide et efficace. Cette option fait peser tout le risque financier sur vos épaules.

  • Prêt bancaire : Une banque peut financer la fabrication de votre jeu si vous êtes une structure déjà établie avec un bilan financier solide. Si vous débutez avec une création d'entreprise pure, il existe des dispositifs d'aide au financement, et des incubateurs pour vous accompagner. Vous pouvez vous rapprocher de la BPI, de la CCI de votre région, on d'incubateurs plus spécialisé (pour ma part, c'est Live for good, qui a incubé Désclic).

  • Financement participatif : Des plateformes comme Ulule ou KissKissBankBank permettent de lancer une campagne de précommandes. C'est l'option qui a fait naître de nombreux outils ludopédagogiques ou jeux de société. Elle vous permet de valider l'intérêt du marché, et vous financez l'impression avant de lancer la production. Mais attention c'est une charge de travail énorme, surtout en amont pour engager votre réseau.

  • Subventions et appels à projets : Si votre outil porte sur une thématique sociale, il pourrait intéresser un dispositif public (Agences Régionales de Santé, conseils départementaux, CAF...). Cela dit, les subventions sont surtout accessibles aux associations, ou aux Entreprises Solidaires d'Utilité Sociale.



Vendre son outil ludopédagogique


Une fois votre jeu imprimé, vous pouvez le diffuser gratuitement, ou le commercialiser. Dans les deux cas il vous faudra un ou des canaux de distribution (site internet, salons...), des canaux de communication (réseaux sociaux, médias...), et une chaîne logistique (livraison, stockage...).


Des boites de jeux empilées suer une étagère, issues du stock Désclic

La question du choix du prix de vente revient souvent. D'abord, distinguez bien le Prix Hors Taxe (les entreprises parlent toujours en HT) du Prix TTC incluant 20 % de TVA. Si vous êtes une association ou en micro-entreprise sous les plafonds de la franchise, vous ne facturerez pas de TVA à vos clients (mais vous la paierez auprès de vos fournisseurs sans pouvoir la récupérer).  Attention aussi, la présence de matériel manipulable impose la TVA à 20 %, et non 5,5 % comme pour un livre. Obtenir le taux réduit via un rescrit fiscal est théoriquement possible mais complexe. Ne vendez surtout pas à 5,5 % de votre propre chef : en cas de contrôle, le fisc vous réclamera les 14,5 % d'écart sur l'intégralité de vos ventes passées.


Pour fixer votre Prix Public Unitaire (PPU : tarif payé par l'utilisateur·ice final·e) il faut vous renseigner sur votre marché. A quel tarif sont vendus les outils ludopédagogiques similaires (cible, thématique...) ? Dans le monde de la ludopédagogie, les tarifs sont très variables... c'est donc un point que l'on a particulièrement regardé chez Désclic : on publie tous les ans un rapport d'impact qui analyse les prix, thématiques vendues, jeux recherchés par tel type de structure, etc. Vous trouverez ici nos rapports d'impacts sur la page de notre site internet qui concerne notre recherche. Spoiler : la moyenne est à 34,65€TTC, mais le prix a peu d'importance dans l'acte d'achat des professionnel·les. C'est la thématique et le besoin terrain qui prime.


Pour fixer votre Prix Vente Unitaire (PVU : ce que vous encaissez réellement selon le canal) calculez d'abord votre coût de revient unitaire. Ce que la création de votre outil ludopédagogique vous a coûté (impression, graphisme et illustration, temps de travail...) divisé par le nombre d'exemplaire produit. Ajoutez y ensuite la marge, le bénéfice que vous souhaitez réaliser sur les ventes. Le cas échéant la remise faite au distributeur s'applique sur votre Prix Public Unitaire. Votre prix de vente au distributeur doit donc être supérieur à votre coût de revient unitaire pour ne pas vendre à perte.


Puis trouvez un compromis viable entre ces deux données. Si votre jeux vous coûte 50€, et que vous le vendez 30€, vous avez un problème ...



Trouver un distributeur pour commercialiser votre outil ludopédagogique


Une de vos options est de passer par un distributeur d'outils ludopédagogiques, qui va se charger de l'ensemble des actions de communication, commerciale et logistique. La plupart du temps il s'agit d'un modèle d'achat revente : le distributeur vous achète des lots de votre jeu, et prend une marge commercial au passage (généralement entre 30 à 40 %). Contrairement aux éditeurs, il existe plusieurs distributeurs d'outils ludopédagogiques qui cherchent à étoffer leur catalogue. Certains commercialisent via des boutiques de jeu - comme JeuDElire - d'autres ont un accès vers les établissements éducatifs, de santé ou du travail social - c'est le cas de Désclic.


Chez Désclic pour que nous puissions distribuer votre jeu, celui-ci doit répondre à plusieurs critères :  - Le jeu aborde une thématique de société et vise un changement de comportement ; - L'outil peut être utilisé par des professionnel·les de l'accompagnement (travailleurs sociaux, formateurs, soignants, RH...) auprès de leurs propres publics ; - Il s'agit d'un véritable outil ludopédagogique (avec des éléments physiques empruntant les codes du jeu de société : plateau, cartes, dés...) doté de règles de jeu claires ; - Le matériel est suffisamment solide et transportable pour un usage professionnel régulier, et son graphisme est adapté pour mobiliser le public cible.


Vendre des prestations d'animation ou de formation sur son outil ludopédagogique


Dans ce cas, le jeu n'est plus seulement un produit vendable : c'est un support pour vendre votre propre expertise métier.


Soit :

  • Vous vendez le jeu à tout le monde, et vous proposez en option des prestations de formation ou d'animation d'ateliers sur la thématique (ex: former des équipes à la prévention du harcèlement).

  • Le jeu est exclusivement fourni aux structures qui vous achètent une prestation.

  • Vous formez d'autres formateur·ices à utiliser votre jeu avec leurs propres cibles. Vous vendez alors la transmission de votre méthodologie et le droit d'animer avec votre outil.


La vente de produits et la vente de services ont des fonctionnements et des marges très différentes. Par exemple, un organisme de formation certifié Qualiopi peut, en moyenne, vendre une journée de formation entre 700€ à 2000€ jour. La plupart des créateurs de jeu vivent surtout de leurs prestations.


Une séance de jeu lors d'une session de formation


Ne pas vendre son jeu, mais l'utiliser comme "produit d'appel" ou outil de communication


Avec cette option, vous faites le choix de diffuser le jeu à prix coûtant, voire gratuitement (si la production est financée par un partenaire ou une subvention), pour qu'il touche un maximum de personne. Votre jeu démontre votre compétence experte sur un sujet, et sert d'outil de notoriété.

Les professionnel·les qui découvrent votre outil peuvent ainsi vous identifier comme référence, et vous solliciter ensuite pour d'autres prestations rémunératrices (accompagnement, conseil, conférences, créations sur-mesure).



Conclusion : Créer un outil ludopédagogique est un véritable projet entrepreneurial


Construire un jeu sur un sujet qui vous est cher et être utile aux professionnel·les de l'accompagnement, c'est un projet passionnant, qui a du sens. C'est l'aventure la plus exaltante de ma carrière. Mais, vous devrez relever des défis, et ils sont difficiles. Pour réussir votre lancement et éviter les erreurs les plus courantes, gardez en tête ces quatre piliers fondamentaux :


  • Partez toujours du besoin du terrain : Un outil ludopédagogique réussi n'est pas seulement "ludique", il est utile, adapté aux besoins et aux contraintes de ceux et celles qui vont l'utiliser (éducateur·ices, soignant·es, enseignant·es).


  • Sécurisez votre cadre juridique : Souvenez-vous que si la mécanique de jeu reste de libre parcours, la matérialisation (textes, illustrations) est protégée par le droit d'auteur. Pensez à vérifier le volet juridique, et déposer votre marque à l'INPI.


  • Anticipez les budgets réels : Ne sous-estimez pas les coûts de production. Même pour les projets les plus humble, prévoyez un minimum de 5000€. Pour que vous rendiez bien compte, le jeu Prost-it, la dernière édition 2026 de Désclic, nous a coûté 70 000€ d'investissement.


  • Adoptez la posture d'auto-éditeur·ice : Prenez les devants en structurant votre financement initial (fonds propres, crowdfunding, subventions selon votre statut) et en définissant un modèle économique clair (vente directe, réseau de distribution, prestations de formation ou produit d'appel). Votre jeu a bien plus de chance de voir le jour si vous pensez le projet dans son entièreté.



Je vous souhaite une belle aventure !



Et si Désclic peut vous donner quelque coup de main : contactez nous.


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